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Publié : 28 août 2014
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Utiliser des boitiers d’évaluations en classe

Les boitiers d’évaluations (ou de votes) sont des outils pédagogiques traditionnellement utilisés pour le passage de test, ou de QCM à l’image des épreuves d’ASSR. Toutefois, cette utilisation en classe peut s’avérer plus riche et variée selon un usage de « boitiers de réponses ». Durant un trimestre entier, il m’a été possible d’en expérimenter l’usage au collège dans mes cours d’histoire/géographie-éducation civique.

Les 35 boitiers d’évaluations à ma disposition étaient munis d’un clavier alphanumérique, indispensable pour la saisie libre de mots, et d’un logiciel de collecte des réponses avec enregistrement dans un format libre et ouvert. [1] Ma salle de classe habituelle est quant à elle équipée d’un PC et d’un vidéoprojecteur.

L’approche qui à mes yeux s’est révélée la plus enrichissante pour l’utilisation en classe de ces boitiers s’articule en trois temps (étude, évaluation, restitution), généralement sur une séquence pédagogique d’une heure. Elle a pour but de mettre en œuvre une évaluation diagnostique qui permettra de révéler les lacunes et d’orienter les efforts de remédiations, sans attendre la sanction de l’évaluation sommative de fin de séquence.

Dans un premier temps, une étude habituelle de documents est mise en œuvre. Elle servira de support de réflexion pour les élèves, sans que l’enseignant ait besoin, à ce stade, d’adapter son travail préparatoire à l’utilisation des boitiers d’évaluations. La nature, comme le support du ou des documents de travail n’a pas d’importance en soi. Il n’y a pas de limitation ou de restriction à s’appliquer. Environ 15 à 20 minutes y sont consacrées.

Dans un deuxième temps intervient la distribution nominativement des boitiers d’évaluations. Le logiciel de gestion a une fonction d’association élève-boitier à partir des listes de classes exportées depuis la base élève SIECLE de l’établissement. Pendant que s’affiche automatiquement au vidéoprojecteur le nom de l’élève qui doit prendre le boitier numéroté attribué par le logiciel, je distribue un tableau, un schéma ou tout autre support. Il sera à compléter par des mots clés développés lors de la séance précédente, ou par des notions contenues dans les documents d’étude. Également, ce support peut faire office de trace. Enfin, l’objectif de l’évaluation et les consignes sont présentés aux élèves. Cette mise en place est rapide et dure trois à cinq minutes maximum.

La séance continue à l’image d’un cours dialogué ; à la différence que la « prise de parole » passe désormais par l’intermédiaire des boitiers. Ainsi, tous les élèves vont s’exprimer en même temps, sur une même question sans que les réponses des uns influencent celles des autres. Ces réponses sont listées nominativement sur l’écran du PC de la classe. L’enseignant est libre de les laisser s’afficher au vidéoprojecteur ou de ne pas les divulguer, ce que je conseille vivement pour éviter de perdre du temps dans des commentaires inutiles d’élèves.

Grâce au clavier alphanumérique, les questions peuvent appeler des réponses ouvertes, mais elles ne peuvent être développées. S’il s’avère nécessaire de formuler une réponse plus construite, une variante de démarche est possible : un élève propose oralement une réponse et ses camarades utilisent les boitiers en mode vrai/faux. Toutefois, cette deuxième possibilité est moins satisfaisante, car des « stratégies parasites » peuvent se mettre en place. Il ne faut pas consacrer plus de 20 min environ à cette deuxième phase d’évaluation.

Enfin, dans un dernier temps intervient la restitution. Le retour sur l’ordinateur de la salle, de toutes les réponses, permet de diagnostiquer les notions qui ont été mal maîtrisées par certains élèves. Il suffit de reprendre en correction le support du questionnaire et d’adapter les explications aux difficultés qui ont été révélées. L’enseignant peut également distribuer la parole en fonction de la synthèse des réponses pour mettre en lumière une explication proposée et demander à l’élève de justifier son choix. Cette démarche est particulièrement appréciable en histoire des arts car nous avons le premier jet de la réflexion de chacun sans nous priver d’un développement individuel ou collectif de la réflexion. C’est durant ces 15 à 20 minutes, qui marquent la fin de la séquence, que s’élabore la trace écrite autour du support distribué .

Toutefois des inconvénients se sont révélés. Tout d’abord, la limitation à un mot ou groupe de mots est parfois trop réductrice. En conséquence, la démarche ne peut être systématique, à tout type de séquence. Également, il n’est plus possible de mettre en œuvre une « autocorrection » par le groupe classe par exemple à l’aide d’un visualiseur numérique. In fine, les boitiers peuvent renforcer le côté pyramidal de la transmission des connaissances.

Une dérive peut également se produire : il faut bien distinguer l’usage des boitiers de l’évaluation sommative des élèves. Il est indispensable de préciser aux élèves que l’exercice avec les boitiers, même s’il génère une note, ne comptera pas dans la moyenne. Sinon, on maintient un état de stress permanent, car l’erreur deviendrait inacceptable, puisque immédiatement sanctionnée dans la moyenne.

En résumé, les avantages révélés par cet outil sont essentiellement de deux sortes : il est aisé d’obtenir le « positionnement » de tous les élèves et surtout de ceux qui n’auraient pas pris la parole ou n’auraient pas tenté de le faire. Également, l’évaluation de fin de séquence ne sert plus de diagnostic des difficultés, ce qui réduit le poids de la sanction par la note et par conséquent révèle plus nettement l’acquisition d’un savoir ou d’une compétence.

Nicolas Villeneuve
Professeur d’Histoire/géographie-éducation civique
Collège Marcel Pagnol, Gravigny

Post-scriptum

En pièce jointe, deux fiches d’exercices faisant recours à l’usage de boitiers d’évaluations, sur les thèmes de la philosophie des Lumières et des cahiers de doléances en classe de 4e.

Notes

[1Boitier E Instruction, modèle CPS Pulse muni du logiciel de contrôle I Flow.