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Publié : 20 novembre 2013
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Un témoignage de l’époque de la seconde guerre mondiale

Voici le témoignage exclusif du grand-père de Mathilde Cnockaert, 3e ESP, quelle a recueilli pour le blog journal. Ce témoignage a été replacé dans son contexte historique par Mathilde. La version contextuelle est donc ci-dessous ;le témoignage en lui-même est sur le blog journal, ici même.

La seconde guerre mondiale et témoignages de cette époque

La seconde guerre mondiale est un conflit armée à l’échelle planétaire, qui débuta le 1e septembre 1939 et s’acheva le 25 septembre 1945. Ce conflit opposa les Alliés (France, Union Soviétique, Etats Unis, Royaume Uni, République de Chine, Pologne, Canada, Australie...) à l’ Axe (Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie...).

Il y a eu 61 000 000 de morts pour les Alliés et 12 000 000 pour l’Axe. Les hostilités sur le front européen cessèrent par la reddition sans conditions des Allemands le 8 mai 1945 et la reddition des japonais le 2 septembre 1945.

En préambule :

’’Fin 1938, mon oncle, Camille COLAS, époux de ma tante Marie, sœur de ma mère, décède suite à une longue maladie causée par les attaques aux gaz asphyxiants utilisés par les Allemands pendant la guerre 1914/1818 .’’

23 août 1939 : signature du pacte de non agression intervenant entre l’URSS et L’Allemagne nazie.

La Pologne, dès le 1er septembre 1939 est envahie, à l’ouest par les Allemands, le 17 septembre, à l’est, les Russes prennent à revers les troupes polonaises. Varsovie tombe le 28 septembre et, la Pologne capitule. Russes et Allemands, chacun de leur côté, annexent une partie du pays.

Droit régalien, la déclaration de guerre, relève de l’autorité souveraine de l’Etat dont le gouvernement du moment décrète : dès le 2 septembre, la mobilisation générale immédiate et progressive de certaines classes d’age , le 3 septembre, la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne. Ici, débute la seconde guerre mondiale.

Au moment de la déclaration de la deuxième guerre mondiale mes grands parents entrent respectivement dans leur sixième et cinquième année : ’’ pratiquement inconscients de ce qui se trame, comme tous les gosses, nous compensons notre ignorance des événements par une curiosité exacerbée qu’alimentente les signes inhabituels d’une situation particulière et inquiétante :gros et gras caractères d’imprimerie des affiches et journaux, soudaine gravité des visages proches, anxiété des femmes, anormale assiduité du cercle familial autour des bulletins d’informations de la TSF. Nous arrivent alors, en vrac, le décret de mobilisation générale signifiant, à plus ou moins court terme, le départ « sous les drapeaux » de tous les jeunes hommes. La propagande gouvernementale, pour faire bon poids, nous parviennent aussi les vociférations radiophoniques et belliqueuses du chancelier allemand Adolf Hitler.’’

La drôle de guerre ou en allemand Sitzkrieg, (guerre assise)

Durant les premiers mois de guerre, (de septembre 39 à environ avril 1940), exceptées quelques escarmouches de patrouilles se déroulant sur le no man’s land situé entre la ligne Siegfried du côté allemand et la ligne Maginot, côté français, l’actualité ne révèle aucun affrontement majeur.

La fameuse ligne Maginot, qui longe la frontière, construite de 1920 à 1940, constitue une ligne de fortifications , ( casemates, souterrains, galeries, blockaus, etc) qui étire ces ouvrages militaires de la mer du nord à la Suisse, il va de soi qu’elle est inviolable !

’’Vingt-cinq ans seulement, le temps d’une génération, nous séparent de la guerre de 1914, pour une bonne partie des français, nos parents par exemple, la boucherie, le sacrifice des poilus des tranchées restent vivaces dans la mémoire collective. A cette période, je revois encore mon père, mobilisé en tant qu’affecté spécial, lors des événements de la Sarre, descendre, seul voyageur d’un autobus parisien le déposant à la porte de la maison. Fin 1939, le papa soldat que j’imaginais, nous revient civil à notre plus grande joie.

De nombreux mois plus tard, les actualités cinéma nous montreront la désolation des villes polonaises écrasées sous les bombes de l’aviation nazie, la LUFTWAFFE.’’

Occupés à consolider l’occupation de la Pologne et, bien que programmée, l’invasion de la France, en ce début d’hiver 1939/40 n’ intéresse pas prioritairement les nazis , leur problème immédiat consiste à assurer l’acheminement du minerai de fer suédois indispensable et crucial à la poursuite de leurs industries de guerre, pour ce faire et, sans déclaration de guerre, le 9 avril 1940, ils envahissent le Danemark et la Norvège afin de contrôler les ports norvégiens, dont Narvik, terminaux ferroviaires d’une ligne qui les relie à Galliware, en Suède, plus important gisement européen. Le 15 avril 1940, un corps expéditionnaire anglo-franco-polonais, aidé à terre par ce qui reste de l’armée norvégienne, débarque à deux endroits : au nord, à proximité de Narvik, que les alliés reprennent aux allemands , mais au centre, à hauteur de Trondheim, une forte résistance adverse compromet l’aboutissement du projet , ce dernier échec coûtera le siège de premier ministre Neville Chamberlain remplacé aussitôt par Winston Churchill. De toute manière, en juin 1940, les tragiques événements de France exigent le rembarquement du corps expéditionnaire, le 8 juin 1940. 

’’A cette période aucune nouvelle du cousin Marcel, et nous apprendrons la mort d’un petit voisin, le fils de la famille Krantz, enrôlé dans les chasseurs et tué pendant les combats de Narvik.’’

La campagne de France, du 10 mai au 14 juin 1940

Le 10 mai 1940 annonce la fin de la drôle de guerre : des troupes allemandes envahissent le Luxembourg, les Pays Bas, la Belgique , tombé dans le piège, le haut commandement français,

( général Gamelin), dépêche le gros de ses meilleures unités au contact avec les troupes d’invasion. Pendant ce temps, l’élite de l’armée allemande, les panzer divisions de Von Rundstedt, contournent la ligne Maginot, à l’endroit précis où cesse sa protectrice édification ,

s’ engouffrent, cap plein ouest, dans le massif ardennais déclaré, soit dit en passant, infranchissable à des troupes motorisées, disit Pétain quelques temps plus tôt !!! Une fois investies et neutralisées, les Ardennes et ses combats resteront dans l’histoire sous les termes convenus de « la percée de Sedan  » Le 20 mai 1940, les avant-gardes allemandes atteignent la Manche,(région de Dunkerque) et, parviennent à Paris le 14 juin ! Devenu, entre temps, chef du gouvernement, le maréchal Pétain demande l’armistice qui sera signé le 22 juin 1940. Auparavant, le 18 juin, le général de Gaulle, de Londres, dans son appel, dénonce l’armistice et engage les français à poursuivre la lutte à partir de l’ Angleterre et, de ce qui s’appelle encore l’ Empire colonial de l’ Afrique du nord.

La débâcle, l’exode,

- L’exode de 1940 en France est une fuite massive de la population française en mai-juin 1940 lorsque l’ armée allemande envahit la majorité du territoire national pendant la bataille de France, après la percée de Sedan. Cet exode est le mouvement de masse le plus important du XXe siècle en Europe.

Le bilan de ces quelques semaines de combats se révélera catastrophique pour la France, entre autres : 59 à 60.000 soldats tués, 1.500.000 faits prisonniers, pour la plupart, déportés en Allemagne.

En ces mêmes moments, les historiens s’accordent à dire que, devant la poussée allemande,

8 à 10 millions de civils (luxembourgeois, hollandais, belges, français confondus), quittent leurs domiciles en directions du sud, à ces chiffres, il faut inclure les 2 millions de parisiens, abandonnant la capitale entre fin mai et mi-juin. Il va sans dire que cet afflux de réfugiés, crée des embouteillages monstres sur les routes, gênant considérablement les mouvements de troupes, offrant, en même temps, des cibles idéales à l’aviation nazie, on apprendra après coup, qu’au cours de cet exode : 100.000 civils perdront la vie sous les bombardements et mitraillages aériens, la Croix Rouge comptabilisera 90 000 enfants perdus, que leurs familles rechercheront longtemps. Les 3 / 5 èmes du territoire sont occupés militairement (zone nord), la zone sud, dite libre, reste sous le seul contrôle de l’administration de Vichy, ville où siégera le nouveau gouvernement de Pétain sous l’étiquette d’Etat français, et non plus de République.

’’Dans le courant du mois de mai 1940, une brave femme voisine de palier, madame Pardou, devant le péril qui approche, envisage de se réfugier avec ses enfants, au pays natal : Aumont-Aubrac, sans grande déclaration, aussi simplement qu’inattendu, comme si sa démarche allait de soi, elle propose à maman, en prévision des dangers, de nous emmener mon frère et moi. Nous dûmes attraper un des derniers trains de voyageurs quittant la gare d’ Austerlitz , on ne peut pas parler de cette confuse période sans évoquer la terreur qui régnait à l’imminente arrivée des Allemands. Je peux encore me souvenir de l’atmosphère dans ce train, un peu fantôme, que prétendaient éclairer de chiches ampoules bleuies, précaution anti-aérienne, donnant à nos visages un aspect aussi comique que cadavérique, du train quittant la gare, à travers la vitre du compartiment, ajoutant à notre angoissante trouille, nous pouvions observer un ballet d’éclairs illuminant le ciel , les puissants projecteurs de l’artillerie anti-aérienne. Cependant, le voyage se déroula sans incidents particuliers.

Incapable aujourd’hui de dire le temps que dura notre séjour en Lozère ? Plusieurs semaines certainement, pendant lesquelles madame Pardou et ses sœurs veillèrent tendrement sur nous et tenté de dire qu’elles nous traitèrent aussi bien, sinon mieux, que leurs propres enfants nièces et neveux. Gratuité du geste, générosité naturelle égalaient, chez madame Pardou, modestie et discrétion.

Un beau jour, surpris, après une si longue et silencieuse absence, nous vîmes arriver papa, tout joyeux de retrouver ses gars , il s’agissait maintenant de rentrer à la maison, mais à Aumont-Aubrac, nous dépendions maintenant de la zone libre et, il nous fallait rejoindre la région parisienne, Charenton, en zone occupée. Les conditions de retour, sans papier ni laissez- passer, s’annonçaient difficiles au passage de la ligne de démarcation, à Moulins, où sévissaient deux polices, la française et la feldgendarmerie, là, avec mon frère, l’ occasion se présenta de rencontrer les premiers éléments de la soldatesque allemande. Fort de son expérience et de sa fine analyse du comportement des armées en campagne , Fernand, mon père, réussira à nous ramener à la maison sans encombre , mais ça, reste une autre histoire !

Au retour toujours aucune nouvelle de notre cousin Marcel.’’

Pénuries, restrictions

- Conséquence directe de l’occupation allemande et de l’arrêt des échanges commerciaux, la France connaît, dès 1941, une période de pénurie qui va déboucher sur la mise en circulation de cartes de rationnement. La première carte, mise en place le 1er juillet 1941, concerne les produits textiles. La seconde, un mois plus tard, s’intéresse au tabac. L’alimentation suivra. Dès la fin 1941, tous les biens de consommation ne pourront être acquis qu’en échange de tickets attribués aux citoyens en fonction de la catégorie à laquelle ils appartiennent (de E, les nouveaux-nés, à V, les vieillards, sans oublier les jeunes, J, ni les adultes, A...). Il faut préciser que ces tickets n’exonéraient pas les citoyens de payer les produits en espèces sonnantes et trébuchantes. Leur généralisation visait à une répartition équitable des produits entre tous. Ce fut une période faste qui débuta pour certaines familles : elles firent en effet fortune par la pratique du marché noir. Le rationnement alimentaire prendra fin courant 1949.

La France sous l’autorité du régime collaborationniste de Vichy se trouve de fait inféodé à l’ Allemagne nazie… Comme tous les pays, la France fait l’objet d’un pillage humain, économique, financier , ainsi que territorial…

Les problèmes de ravitaillement touchent rapidement les magasins français qui manquent de tout, le gouvernement Pétain / Laval instaure cartes et tickets d’alimentation , la faim sévira surtout dans les villes et parmi la jeunesse. En plus des produits agricoles, les carburants, le charbon, les textiles, le cuir, etc, réservés prioritairement, au profit de l’armée d’occupation , partent aussi en Allemagne . Apparaissent les produits de substitution ou ersatz, le gazogène pour les véhicules qui roulent encore, la saccharine remplace le sucre, la chicorée, pour le café , faute de taxis, les citadins inaugurent la remorque à deux roues et deux places tirée par un cycliste,

’’En tant qu’enfant catalogué J2, grâce à mes parents, ma grand’mère et certains commerçants obligeants, je ne me souviens pas avoir trop souffert de la faim, par contre je revois toujours mes proches, qui plus souvent qu’à leur tour, se partageant un bout de pain et un ou deux oignons, en guise de repas , j’ignore par quel hasard papa trouva une parcelle de jardin à Maisons-Alfort, il y récolta des légumes et, plusieurs fois par semaine nous allions à la pêche , à cette époque la Seine, la Marne, le canal regorgeaient de poissons (fritures) et d’écrevisses, au cours des hivers très rigoureux de la guerre, dès 5h du matin j’entendais ma grand mère s’habiller et partir au marché pour essayer de trouver quelques rares et maigres légumes où rutabagas et topinambours revenaient souvent, mon aîné, Jacques , un gaillard de quinze ans, souffrit certainement plus que moi des privations.

Infiniment redevables à nos voisins d’en face, madame et monsieur Denfert, de braves gens de

boulangers, qui nous fournirent toujours du pain, avec ou sans tickets, toujours à des prix que des commerçants comme eux ne se croyaient pas obligés de raréfier leurs produits pour pouvoir les augmente.

Il en ira de même avec notre marchand de charbon, monsieur Rouquier, le bougnat de notre rue bien que, tributaire de ses approvisionnements ne nous laissa jamais sans chauffage. On ne pourra pas en dire autant de certains commerçants, mais j’y reviendrai plus loin .

Puis vint le temps des galoches nécessitées par la pénurie et le développement annuel et rapide des pointures enfantines , ces affreuses et prétendues chaussures, à mi-chemin entre le gros godillot et le sabot, consistait à clouer une tige montante, de mauvais cuir, sur une semelle de bois de 2 / 3 centimètres d’épaisseur . La fringante allure à laquelle nous tendions nous destiner en prenait un ridicule vieux coup, notamment aux yeux des filles de notre âge qui pouvaient nous entendre venir de loin, tant ces galoches étaient bruyantes ! ’’

Pendant ce temps là, à 160 km, en Sologne, l’occupant allemand réquisitionne la maison familiale des parents de ma grand mère : ’’à Millançay , on y installe l’Etat-major (une commandantur) d’une unité de campagne et, je suppose que l’indisponibilité de la maison se poursuivra jusqu’à août/ septembre 1944. Composés d’une majorité de grades, les nouveaux occupants lorgnent et convoitent la petite voiture de la famille qu’ils devront disputer à ma grand mère de qui apparemment, n’entend pas s’en séparer comme ça, elle aura gain de cause et le véhicule restera dans la famille . Cette dernière récupérera sa propriété dans un état relativement convenable , ce ne fut pas toujours le cas, car la soldatesque, officiers compris, ne se gênait pas pour piller, voler meubles, bijoux ou autres objets de leur goût, sans parler de malpropretés, d’ importantes déprédations infligées aux communs, aux jardins, aux bâtiments eux-mêmes.’’

Le marché noir

- Au cours de la Seconde Guerre mondiale, durant plus de quatre ans, la France fut occupée par les Allemands d’abord en partie, puis, à partir du 11 Novembre 1942, en totalité, la population fut rationnée, et ne reçut qu’une quantité de nourriture nettement insuffisante. Comment vivre dans de pareilles conditions ?
C’est alors qu’apparut le ’marché noir’, ou marché illégal, permettant aux Français qui avaient de l’argent ou des produits à échanger contre de la nourriture, de pouvoir se nourrir de façon plus ou moins normale. Les pauvres gens, qui ne pouvaient ni acheter , ni procéder au moyen du troc à l’acquisition de suppléments de nourriture, ni recevoir des colis familiaux envoyés par des paysans à leurs parents vivant en ville..., perdirent, peu à peu, leurs forces et leur santé. Ainsi, la mortalité s’accrut de façon effrayante dans les régions industrielles durant l’occupation allemande. Les spéculateurs de tous poils le savent très bien : « si vous voulez augmenter substantiellement le prix d’une marchandise il faut d’abord la raréfier » !

Inutile d’ajouter qu’à cette époque les profiteurs bénissaient les restrictions du moment , acheté X francs, le même produit pouvait se revendre dix ou quinze fois plus selon la demande de l’heure , la concurrence n’existait plus, tout se passait « sous le manteau ».

Un marchand de tissus connu, flairant les prochaines pénuries, s’empressa d’acheter tout ce qui se présentait : fins de séries, déstockages, deuxièmes choix, etc, afin de les entasser dans des entrepôts en attendant venir le moment propice pour vendre , il se constitua ainsi une considérable richesse.

Pendant ces quatre années d’ hostilités , dans certains commerces de bouche , se bâtirent des fortunes considérables , à la fin des conflits apparurent ces « nouveaux riches » ; messieurs, au volant de grosses voitures rivalisant de vulgarité avec leurs fortes femmes couvertes de bijoux, chaussées de « croco » , chaudement vêtues de vison , une presse satyrique les affubla du sigle de B.O.F (beurre, œuf, fromage) ils se sont perpétués, entre autres, dans les dessins de Cabu, les beaufs, espèce intemporelle d’opportunistes , l’épicerie française se portait bien à la Libération et, selon le vieil adage : « l’argent n’a pas d’odeur », ces messieurs dames trafiquaient aussi bien avec les français , l’occupant, qu’ avec un banditisme exploitant alors une prostitution florissante .En réalité, avec de l’argent, beaucoup d’argent, la suite des événements prouva, qu’ en cette période trouble tout pouvait s’acheter !

’’En 1943, à mi pente de la rue de Paris, entre le bougnat et la bazar, s’intercalait un magasin d’alimentation tenu par un couple d’épiciers obséquieux, bien trop polis pour être honnêtes, et pour qui, providentielle, la guerre rapporta gros. A ce propos, voisinant les 120 /130 Kg, je n’ai jamais vu ce patron épicier perdre un gramme de graisse pendant les années de privations.

Un jour, je suppose, maman demande à mon frère Jacques d’aller lui chercher un quart de beurre dans sa boutique et, sous prétexte de pénurie conjoncturelle, le fils de la maison refuse de le servir alors que le frangin, sous ses yeux, voit des clients sortir avec le produit prétendu manquant à l’extérieur, la boutique se prolongeait sur le trottoir par un étalage de bancs garnis de fruits,de légumes, et de tout ce qu’il était possible de vendre à cette époque.

Tout mon Jacques se retrouve dans la promptitude de sa riposte , de colère, il soulève et renverse

l’ assemblage de planches ,et une bonne partie de l’étalage se répand sur la chaussée , fruits et légumes commencent à débouler doucement la pente au grand dam des commerçants courant derrière en essayant de récupérer leurs marchandises , scandale dans la rue de Paris, mais l’affaire n’eut pas de suites ni poursuites , avec le recul, je prête à mon frère l’intention d’avoir délibérément voulu faire acte de Résistance.’’

Les déportations, camps de concentration et d’extermination.

- Hitler cataloguait les juifs comme une race inférieure à la sienne, et mis en place un génocide (la shoah).

Question juive, ou « solution finale » planifiée par les nazis .

Prémices et lois discriminatoires, 20 août 1940, déportation de républicains espagnols à Mathausen le 3 octobre 1940, sans que les allemands lui aient demandé, le gouvernement de Vichy promulgue une loi excluant les juifs de la fonction publique, dont l’enseignement, le journalisme, les fonctions commerciales et industrielles, la radio, le cinéma, les professions libérales...

4 octobre 1940, loi sur l’internement immédiat des juifs étrangers, 11 décembre1940, terme

« juif » mentionné obligatoirement sur les cartes d’identité, seuls habilités, pour effectuer cette indigne formalité, les commissariats de police, français,qui en profiteront pour dresser scrupuleusement des listes complètes que le gouvernement de Vichy utilisera peu après.

Avril 1941, mise en place, en Alsace annexée, du camp du Struthof.

13 août 1941, interdiction pour les juifs de posséder un poste de radio, qu’ils doivent remettre

immédiatement aux autorités.

20 janvier 1942, à la conférence de WANNSEE les nazis planifient l’extermination de tous les

citoyens juifs des pays occupés.

29 mai 1942, port obligatoire de l’étoile jaune sur le devant des vêtements.

8 juillet 1942, les autorités allemandes interdisent aux juifs les salles de spectacle et les magasins

en dehors de 15 et 16h.

15 juillet 1942, décidée par le gouvernement français, Pétain / Laval, menée par la police

parisienne et la gendarmerie française, la rafle à Paris des juifs, conduira à 3031 hommes, 5802

femmes, 4052 enfants au vélodrome d’hiver, parqués pendant cinq jours, sans nourriture avec un seul point d’eau pour près de 13 000 personnes. Cet abject épisode entraînera une centaine de suicide et restera dans les mémoires sous le nom de «  rafle du Vel’ d’hiv » .

Célibataires et couples sans enfants connaîtront l’internement aux camp du Drancy, Pithiviers,

Beaune la Rolande, mais tout hommes, femmes, enfants, dont des bébé, finiront à

Auschwitz. En 1945, n’en reviendront, qu’à peine cent adultes et aucun enfant.

A noter que les allemands, en prévision de cette opération, escomptaient une bonne vingtaine de mille d’ arrestations , tout à leur honneur, parmi la force publique, des policiers refusèrent d’appliquer les consignes, des juifs leur doivent la vie, ainsi qu’à la compassion, la solidarité de proches voisins qui les hébergèrent et les dissimulèrent aux inspections domiciliaires.

Attention, il faut relativiser, les actes de solidarité, comme cités ci-dessus, aussi louables soient-ils, restent minoritairement individuels , des historiens s’entendent pour recenser, en France, plusieurs millions de lettres anonymes de dénonciations parvenues aux autorités franco-allemandes , pendant l’occupation.

’’En ce qui nous concerne il ne sera vraiment question de génocide qu’à la fin de la guerre, lors de la libération des camps de concentration par les armées alliées. A l’ époque, une sorte de conspiration du silence, semblait vouloir étouffer ce martyre que connurent les juifs, bien sûr, mais aussi, les tziganes, les partisans et soldats russes particulièrement maltraités, les résistants, les opposants allemands, les homosexuels…

Jamais, à une exception près, la Résistance, l’aviation alliée, n’attaquèrent de convois de déportés , les gouvernements et Etats-majors alliés n’ ignoraient pas la position géographique des camps d’extermination qu’ils n’ordonnèrent jamais de bombarder !

Chez nous, famille d’ouvriers métallurgistes, du grand père Adolphe au petit fils Jacques, en passant par Fernand, mon père, l’antisémitisme ne se greffa jamais sur l’arbre généalogique de la parentèle , les écarts de propos, de la branche mâle, rarement chauvins mais parfois, à la limite de la bonne foi, achoppaient, généralement, sur l’ ancestrale piété, dénuée de toute bigoterie des femmes , croyantes et mécréants cohabitaient, communiaient dans le même culte du devenir de la fraternité universelle.

Rétrospectivement, ces années de guerre atteindront, comme jamais auparavant, les sommets de la plus cruelle barbarie où les plus bas instincts de l’humanité se déchaîneront quand ils ne feront pas école . Tous nos espoirs dans l’ avènement utopique de la fraternité universelle sombrèrent, sinon dans le ridicule mais, dans une priorité immédiate qui consistait à sauver sa peau d’abord.

Les indignités, le mépris, le cynisme, l’ abject, infligés, il y a maintenant 70 ans, couvent encore sous les braises de l ’actualité et de l ‘ indifférence..

A l’époque de référence, 1939 / 1943, notre médecin de famille visitait une importante clientèle disséminée dans les divers quartiers de la ville. Partant de là, selon les oui-dire des miens, il ne soignait pas uniquement des patients argentés que son statut social et sa compétence professionnelle autorisaient à privilégier. Il se rendait chez tout le monde, là, où on l’appelait, où on ne le payait pas toujours. Le rare souvenir que je garde de ce monsieur cordial, chapeauté et vêtu sombrement, le nez et les yeux ornés de grosses lunettes à monture d’écaille, date d’une de ses visites à la maison, quand grand mère et maman lui signalèrent une anomalie dans mes jambes, s’arquant sous le poids du corps bien potelé, d’un gamin de cinq ans, il préconisa tout simplement des bains de pieds dans l’ eau de mer, ou, à défaut, dans de l’eau douce additionnée de gros sel ; ma première cure s’ accomplit sur la superbe plage de La Baule, à l’occasion d’un déplacement professionnel de papa, à Nantes , nous vécûmes là, les tous derniers jours de la paix. Effectivement, après plusieurs mois de bains d’eau salée, mes membres inférieurs se redressèrent et me permirent d ‘ entrer , au cours préparatoire, bien droit dans mes galoches.

Cette anecdote de départ, sans grand intérêt, contribue néanmoins à m’interroger, vers 1942 /1943 sur notre médecin que l’on ne rencontre plus beaucoup dans Charenton , j’en déduis, alors, sans aucune preuve que, comme tous les français de son age, il participa à la guerre de 1914 /1918 ? Plus tard, nous apprendrons : comme tous ses coreligionnaires d ’ Europe occupée, il fut arrêté et déporté.

Nous ne le reverrons jamais ! Il s’appelait, monsieur le docteur Lévy.’’

Alertes aériennes, bombardements

Les bombardements alliés (Anglo-américains) sur la France, au cours des années 1942 / 1945 causèrent la mort de 70 000 à 75 000 personnes, essentiellement civiles , la France, après l’ Allemagne occupera le second rang des pays européens les plus bombardés.

Le 4 avril 1943, bombardement des usines Renault, de Boulogne Billancourt, par les alliés.

’’Cette nuit là, de la fenêtre de la chambre, avec mes parents, nous assisterons au premier bombardement d’importance sur les usines Renault de Boulogne Billancourt que 10 /12 kilomètres nous séparent.. Une succession de bruits sourds incitent papa à éteindre toutes les lumières et à ouvrir fenêtre et volets , d’emblée, il nous annonce : « c’est Renault qui trinque » ! les journaux du lendemain matin confirmeront. Tétanisé et subjugué à la fois, j’ignore encore combien de temps dura l’alerte ? Au sol, les lointaines explosions des bombes qui, nous parviennent sourdement,

éclairent un paysage particulièrement enfumé , en l’air, de nombreux projecteurs de l’artillerie anti

aérienne fouillaient le ciel à la recherche d’avions que les traits rouges et fulgurants des projectiles traçants essayent d’atteindre.’’

Importants événements qui ont modifié le cours de la seconde guerre mondiale 

7 décembre1941 : Peart Harbor, port américain des îles Hawaî, est attaqué, par surprise, par des forces aériennes et maritimes nippones , l’escadre américaine du Pacifique y subit de lourds dégâts. Cet événement majeur va immédiatement entraîner les U.S.A. dans le conflit contre le Japon et l’Allemagne.

Le 8 novembre 1942 : Débarquement de troupes alliées en Afrique du nord, (Algérie, Maroc),

suivi du 11 novembre 1942, l’invasion de la zone libre, par les allemands, qui occupent maintenant tout le territoire.

Du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, siège et bataille de Stalingrad qui, opposant l’armée soviétique aux troupes nazies, s’achèvent par la capitulation sans condition de la VI ème armée allemande du maréchal Von Paulus. Cet événement marquera la fin de l’invincibilité et de la suprématie militaires de l’Allemagne.

Du 10 juillet au 3 septembre 1943, les troupes alliées débarquent en Sicile puis, en Italie . Le 6 juin 1944, à l’aube, les troupes alliées, (Anglaises – Américaines - canadiennes), appuyées par d’importantes unités françaises, polonaises, belges, tchèques, hollandaises, norvégiennes etc, débarquent en France sur les côtes de Normandie.

Au soir du 24 août 1944, la Neuve ou, 9ème compagnie, (majoritairement composée de Républicains espagnols) de la 2ème Division Blindée du Général Leclerc, entre dans Paris, pour soutenir le soulèvement des Parisiens et participer aux combats qui déboucheront le 25 août 1944, sur la libération de Paris .

Le 8 mai 1945, à Reims, et le 9 mai, à Berlin, ( pour des raisons de décalage horaire), en présence de généraux américains, anglais, russes, français, etc, l’armée allemande signe sa reddition sans condition. Ici, s’achèvent, au moins en Europe, six années bientôt, de guerre.

Entre temps

En 1945, au cours du premier trimestre de cette année là, Roger Lefebvre, résistant, instituteur à Ecardenville sur Eure, déporté, en Allemagne, au camp de Noengamme, meurt des suites de mauvais traitements et, d’une épidémie de typhus.

10 juin 1944, à Oradour sur Glane, une unité de la division SS das Reich, massacrera

642 personnes, les hommes fusillés sur place, les femmes et les enfants enfermés et brûlés vifs dans l’église.

Deux ans plus tard, le grand événement de cet été 1946, en colonie de vacances à Usson du Poitou, reste le voyage que nous organisent les responsables de la colo à quelques kilomètres de là : Oradour sur Glane. D’ où nous accédons, nous découvrons une étendue de ruines de chaque côté d’une rue supposée être principale, mais maintenant déblayée. Seules subsistent des verticalités de pierres, des carcasses de bâtiments sans toits auxquels, à hauteur d’un premier étage, insolite, pend dans le vide, une machine à coudre maintenue par je ne sais quel miracle , absolument déserte, aucun bruit ne vient troubler cette hallucinante désolation. De la visite commentée de l’église, je garde encore un souvenir intolérablement pénible : comment des hommes ont-ils pu faire ça ?

25 août 1944, les allemands font sauter le fort de Sucy en Brie, libérée le lendemain

’’A la veille des vacances scolaires 1944, j’en apprends la destination : Noiseau, chez ma tante paternelle et mon oncle Noel , lui se révèle rapidement un fort en gueule, pleutre, pétri de préjugés et de bêtise et, de surcroît pétainiste .Ma tante Yvonne, elle, est inexistante , ce que je perds en affection, je le gagne en totale liberté et en vagabondages quotidiens , à 10 ans révolus,et, un peu inconscient, je propose, à cette supposée famille qui, de trouille, se terre dans sa maison, mes services pour assurer courses et ravitaillement, le plus proche commerçant se trouve à deux kilomètres : Sucy, ce qui me permet, en même temps, de prendre des nouvelles du front ! La veille du jour dont je parle, les allemands ont fait sauter le fort de Sucy et ses entrepôts de munitions et, depuis quelques jours battent en retraite, fuyant Paris maintenant libéré , cette indépendance me coûtera la plus belle peur de ma vie:en fin de matinée,de retour de Sucy, marchant seul sur la route, je sens dans mon dos un véhicule, ralentissant, se porter à ma hauteur ,il s’agit d’une camionnette plateau où se tiennent assis, le dos appuyé à la ridelle, deux rangs de quatre soldats en uniforme noir , ils me dépassent et se rabattent lentement devant moi .Une fois là, un des soldats allemands se lève brusquement, épaule son fusil et me visant !!! Combien de temps dura le vis-à-vis … pour moi…, une éternité, pour lui quelques secondes le temps de profiter de sa bonne blague, et d’éclater de rire, sitôt imité par ses copains ? Si j’écris ces lignes c’est qu’il s’agissait bien d’une bonne blague et le Teuton, approchant maintenant 90 ans, doit en rire encore.

Le 8 septembre 1944, je marche seul sur la même route, vers Noiseau, à un endroit sur ma gauche, au nord ouest où une trouée dans les arbres offrait un panorama sur Bonneuil, Créteil et permettait de deviner Paris à l’horizon , soudain, cheminant tranquillement, mes commissions en main, je sursaute à une très violente explosion qui attire mon regard vers Paris, je vois immédiatement s’élever un haut panache de fumée blanche situé à un endroit que je suppose être Créteil . Le lendemain ou le surlendemain les journaux relateront la chute d’une bombe volante VI tombée rue de Toulouse à Maisons Alfort , sans faire de victimes.

Vingt ans après, avec ma fille et sa mère, nous habiterons la rue d’à côté.’’

En réalité, c’est un V2 qui tomba ce jour là à Maisons-Alfort, mais , craignant la panique, les autorités en ont minimisé la portée.

Les V2 sont les premiers missiles balistiques opérationnels et véritables prototypes des premiers lanceurs de l’ère spatiale , le 8 septembre1944, lancé depuis Gouvoy en Belgique, en direction de Paris, il atteignit Maisons-Alfort en 5 minutes ,il volait à Mach 3 ,5 plus rapide que la vitesse du son, on ne l’entend pas venir ,il fit 6 morts et 36 blessés .

Le 6 août 1945, un bombardier américain largue une bombe atomique sur Hiroshima

bilan : 75.000 morts, 90.000 blessés .

Le 9 août 1945, une seconde bombe atomique est larguée sur Nagasaki, faisant 38.000 morts .

Le 2 septembre 1945 , l’empereur du Japon reconnaît officiellement la défaite et, son ministre des affaires étrangères, en présence du général américain Douglas Mac Arthur , signe le document sur la capitulation sans condition du Japon , cet acte met fin au dernier conflit de la seconde guerre mondiale.

Mathilde Cnockaert, 3e ESP