Publié : 19 mars 2010
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Alcoolisme et préjugés ...

Enquête Discrimination

Un jour qu’il faisait beau temps, je me promenais dans la rue du Mont Roche Mort, quand une voiture lancée à toute vitesse en percuta une autre, en stationnement de l’autre côté de la rue. Et le premier conducteur sortit aussitôt de son véhicule pour prendre la fuite.

Puis un homme trapu avec des cheveux longs, bruns, un pantalon en jean troué, passa par là. Il semblait venu de nulle part et il marchait un peu de travers ; sans aucun doute, il avait bu. Il arriva à hauteur de la voiture accidentée du fuyard, monta dedans et se mit à délirer au volant, donnant des coups de klaxon, sans que je comprenne bien pourquoi.

Le propriétaire du véhicule stationné, certainement surpris et alerté par le bruit, sortit de chez lui. Il avança vers son véhicule, très en colère de voir l’état dans lequel il se trouvait. Puis il alla vers l’autre voiture, prit l’homme brun, toujours assis à l’intérieur par les cheveux, pour ensuite le rouer de coups.

Témoin de la scène, j’intervins et me mis entre les deux hommes afin de les calmer et d’expliquer ce qui s’était passé réellement à l’homme en colère : je lui affirmais que le vrai propriétaire du véhicule avait pris la fuite et que celui qu’il tenait entre ses mains n’était qu’une personne ivre, arrivée là au mauvais moment et n’ayant visiblement pas réfléchi aux conséquences de ses actes. Voyant la portière ouverte, il était entré dans ce véhicule et c’était tout !

Le propriétaire très énervé ne voulait rien entendre et ne me croyait pas. Il demanda l’intervention des gendarmes ; on s’intéressa beaucoup plus à l’homme qui avait bu qu’à mon témoignage et il fut emmené en garde à vue pour être interrogé ; en ce qui me concerne on me demanda de passer à la gendarmerie, un peu plus tard, pour expliquer les faits.

Le lendemain, je fus donc interrogé par la gendarmerie, je confirmai avoir été témoin de la scène, avoir vu un homme s’échapper du premier véhicule et prendre la fuite. La gendarmerie ne crut pas un mot de ce que je racontai. On m’expliqua que l’homme qui était ivre, était bien connu pour ses états d’ébriété répétés. L’homme resta donc en prison jusqu’à son jugement.

Quelques mois plus tard, j’assistai à l’audience : les deux personnes furent mises face à face pour que chacun raconte sa version des faits. L’homme qui avait bu semblait épuisé et se défendit faiblement ; il fut pris pour le voleur de la voiture accidentée et condamné à trois ans de prison ferme, malgré moi . Personne, même si j’étais témoin de la scène, ne put prouver que le vrai propriétaire de la voiture accidentée était le vrai responsable de cet accident et s’était enfui.

En ce qui me concerne, je trouve injuste et horrible que l’on n’ait pas fait le nécessaire pour prolonger l’enquête afin de faire éclater la vérité. Tout était allé trop vite. On avait trouvé le coupable idéal en ce pauvre homme, incapable de se défendre , qui ne se rappelait apparemment plus très bien des faits. Qu’a-t-on voulu punir exactement ? Un vol supposé ou son état d’ébriété ? Si cet homme n’avait pas bu, l’aurait-on déclaré si vite coupable, alors qu’il était innocent ? N’aurait-il pas mieux valu l’aider que le condamner ?

Teddy Blanguernon 3e DAN