Publié : 18 mars 2010
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Stan : Esclave Moderne

Enquête Discrimination

Stan était un jeune homme de 18 ans, grand, robuste de couleur noire, qui ne manquait pas de courage : il tenait cela de ses parents, de braves personnes qui avaient travaillé toute leur vie durant comme employés pour des fermiers blancs et étaient maintenant décédés. Stan leur avait succédé sans se poser vraiment de questions. Et il vivait dans une cabane en bois, au fond d’un jardin. C’était en Louisiane.

Ce garçon était donc l’homme à tout faire de Monsieur et Madame Dupond, sans l’avoir vraiment voulu, choisi. Et depuis quelque temps, il se disait qu’ils « le malpayé ». Car Stan devait à la fois entretenir le jardin, traire des vaches, nourrir les poules, les lapins… Il s’occupait aussi des deux chevaux, quand cela était nécessaire et devait parfois de labourer les champs. Il était donc souvent très occupé. Stan n’avait jamais de répit, ni de vacances, depuis des années. Des propriétaires intelligents somme toute ! Ils l’exploitaient, le sous-payaient et Stan, par habitude peut-être, faisait son travail sans protester. Pourquoi ne pas en profiter ?

Un midi cependant, après son labeur, Stan décida d’aller se promener en ville car le couple était en vacances. Il courut chercher sa veste et son porte-monnaie et partit à pied. Au détour d’une rue,il vit une jeune fille. Elle avait l’air d’être un peu plus âgée que lui. Il la salua et fut surpris de l’entendre lui répondre car dans ce pays, à cette époque, on méprisait souvent les gens de couleur. Ce geste le toucha donc, et il lui donna le sentiment qu’après tout, il pouvait croire en un meilleur avenir. Puis brusquement, après avoir regardé sa montre, la jeune fille s’en alla, laissant tomber derrière elle une carte. Stan la ramassa. Dessus il était écrit : « Boutique de souvenirs,chez Lilly ». Il décida de trouver le magasin.

Dix minutes plus tard, il le découvrit : la façade était bleue, avec une jolie enseigne turquoise. Sur la vitrine on pouvait lire : « Recherche vendeur ou vendeuse ; bon salaire à la clé ». En un instant, Stan décida de quitter les animaux,les champs, d’essayer de changer de vie. Il rentra cependant à la ferme attendre que ses employeurs rentrent pour leur annoncer sa décision. Deux heures plus tard, ils revinrent. Ils demandèrent à Stan de décharger leurs valises dans la ferme. Il obéit, comme à l’habitude puis annonça :

- Je démissionne.
Ils répondirent en même temps, visiblement très surpris :
- Pourquoi voudrais-tu démissionner ? Ici tu es nourri et bien logé !
- Etre dans une cabane, sans électricité, sans eau, ni sanitaire, ce n’est pas être logé ! rétorqua-t-il.
- Et ton salaire ? Tu n’en retrouveras pas un comme celui-ci, dit l’homme.
- C’est sûr, reprit Stan, j’en trouverai un plus élevé !
- Démissionne si tu veux, émit monsieur Dupond. De toute façon il y a un autre homme qui est déjà prêt à travailler pour nous et pour moins cher que toi ! Pour qui te prends-tu pauvre Nègre ?

Je laisse le lecteur méditer sur cette réflexion... On mesure bien là la force des préjugés.

Stan avait-il une chance de s’en sortir dans ce monde ?
- Et bien au revoir ! s’exclama Stan.
Et la femme ajouta, méprisante :
- Bon débarras ! J’espère que tu ne trouveras pas de travail ! Et ça pourrait bien t’arriver, vu ta couleur de peau ! 

Que penser d’une telle phrase ? C’est vraiment ne pas avoir de cœur... Heureusement, Stan était déjà parti et ne l’entendit pas. Il alla au magasin de Lilly, mais découvrit qu’il y avait devant la porte, une file d’attente très longue.

Il attendit. Enfin ce fut son tour. Il prit la parole :
- Bonjour, je m’appelle Stan et j’aimerais travailler dans votre magasin. Je suis courageux, le travail ne me fait pas peur et je m’adapte facilement. 

L’entretien se poursuivit quelque temps : elle lui posa plusieurs questions et il y répondit du mieux qu’il pût , mettant en avant sa bonne volonté, son entrain, sa correction vis à vis d’autrui. Puis Lilly mit ainsi fin à leur conversation :
- Je suis certaine que vous avez envie beaucoup de qualités ; je vais prendre votre nom, comme celui de tous les autres. Mais je ne déciderai rien avant ce soir, car il y a d’autres personnes qui veulent travailler pour moi.
- J’attendrai , répondit-il avec philosophie.

Stan ne bougea plus de devant le magasin. Le soir arriva. Plusieurs personnes accoururent attendant une réponse. Et alors, Lilly afficha une pancarte où il était inscrit : « Sophie ». Quelle déception pour Stan ! Lui qui croyait pouvoir travailler là honnêtement, sans être sous-payé. Il ne put s’empêcher d’aller voir Lilly et demanda :
- Pourquoi ne m’avez-vous pas embauché ?
- J’ai eu peur du regard des autres ... Employer une personne de couleur pourrait nuire à mon image vous savez et déplaire à ma clientèle , expliqua Lilly avec un air navré.

Stan avait vraiment penser pouvoir travailler là. Il était affreusement déçu. Mais alors qu’il errait dans la rue, le lendemain, devant une boulangerie, il vit une autre annonce qui lui fit plaisir. Cependant le boulanger le voyant devant sa boutique, lui dit avant même qu’il ait eu le temps de parler :
- Je ne te prendrais pas. Si tu crois vraiment que je vais employer un noir, tu te trompes !

Stan comprit alors que sa couleur de peau n’était pas prête d’être acceptée dans cette société. Il y avait cru pourtant ! Mais il repartit sans grand espoir cette fois. Les mots du boulanger l’avaient blessé... Stan essaya bien encore et encore de trouver du travail. A chaque fois on le renvoyait et même parfois, on le chassait. Bientôt, il lui resta juste de quoi payer une boîte à cirer . Et Stan devint cireur de chaussures dans la rue où il vivait désormais.

Vous savez quel avait été son tort ? … Il avait trop cru en l’homme, en la bonté humaine. Mais les actes discriminatoires et la ségrégation ne choquaient pas alors les mentalités. Même si certains devaient bien penser que cela n’aurait pas dû exister, la plupart des employeurs avaient peur pour leur image, leur réputation, comme Lilly ou le boulanger. Ils craignaient de perdre une partie de leur clientèle. Et ils pensaient d’abord à la santé de leur commerce... Et aujourd’hui ? Où en sommes-nous ?

Renault Emmanuelle 3e DAN