Publié : 24 mars 2010
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Juliette une petite fille obèse

Enquête Discrimination

II y a quelques années, je fis la connaissance d’une petite fille de dix ans. Elle avait les yeux bleus comme l’océan, les cheveux noirs comme l’ébène, des pommettes roses, un joli sourire laissant apparaître de belles dents blanches, un nez fin en trompette ; en un mot, elle avait un visage parfait. Elle était petite pour son âge : on aurait pu penser qu’elle avait sept ans . Elle portait souvent une magnifique robe qui laissait apparaître ses rondeurs, car Juliette, de son prénom, avait en effet un réel problème de poids.

Je fis sa connaissance sur une foire à tout, dans un village dont le nom m’échappe aujourd’hui. Sous le soleil chaud d’un bel après-midi de juin, elle aidait sa maman à vendre des affaires à elle dont elle n’avait plus l’utilité. Cela marchait à merveille. Son stand était à côté du mien.

Vers le milieu de l’après-midi, Juliette me demanda si je voulais aller faire une promenade autour des autres bancs. Nous passâmes devant un enclos où se trouvaient des ânes et Juliette s’arrêta pour les regarder avec envie. Je lui fis remarquer que les tours à dos d’animal étaient gratuits ; il ne lui restait plus qu’à demander à leur propriétaire si elle pouvait essayer. Elle s’approcha d’elle et commença :
- Bonjour Madame, je voudrais faire monter sur un âne, s’il vous plaît !
- Sur lequel ? demanda la femme en examinant la fillette avec un air de dégoût.
- Sur celui-ci ! répondit la petite Juliette en pointant du doigt un âne gris qui broutait l’herbe tranquillement.
- Ah ! Tu veux faire un tour sur Trotro ! s’exclama la femme. Mais, tu ne peux pas ! Les selles ne sont pas adaptées pour les personnes comme toi. Si tu veux monter à dos d’âne, arrête de manger des hamburgers ! Tu as dévasté les fast-foods ou quoi ?

Elle eut un sourire moqueur laissant apparaître une bouche édentée. La petite Juliette tourna les talons et retourna vers le stand de sa mère, les yeux pleins de larmes. J’étais gênée pour elle et je ne savais comment m’y prendre pour la réconforter,

Nous arrivâmes à notre banc, déçues et mal à l’aise. J’observais Juliette du coin de l’oeil et l’on pouvait voir sur sa pommette habituellement rose mais désormais devenue pâle, une larme qui coulait. Je lui parlais pour ne pas paraître stupide et elle me répondait par quelques bribes de mots qui montraient que sa gorge était serrée. Son visage, rayonnant quelques minutes plus tôt, s’était fermé. Je supposai, et sa maman me le confirma, que ce n’était pas la première fois que cela arrivait et Juliette supportait de plus en plus difficilement les moqueries, les critiques, les humiliations, dont elle était la victime, quotidiennement.

Personnellement, je trouve cela révoltant que cette femme se soit moquée d’elle ainsi, ouvertement. Les enfants obèses sont souvent victimes de grandes souffrances. Ils méritent pourtant des égards.
Tout d’abord, ils n’ont généralement pas beaucoup d’amis. Et comme ils sont les sujets de moqueries, ils se renferment sur eux-mêmes ou deviennent violents. Ils ont l’impression de n’être pas comme les autres et cherchent ainsi à se protéger.

De plus rien n’est adapté pour eux dans la société : par exemple au niveau vestimentaire, ils sont obligés de prendre des vêtements beaucoup trop grands et qui ne sont pas adaptés à leur âge. Ils se sentent donc mal à l’aise.

En ce qui concerne le sport, à l’école ou ailleurs, ils ne sont pas très enthousiastes non plus pour en faire car ils sont vite essoufflés et ne sont pas très performants. Ils sont gênés par les regards curieux, amusés, dégoûtés, malsains des autres. Ils entrent alors dans un cercle vicieux : ils se réfugient dans l’abus de nourriture, regardent trop la télévision ou s’isolent face à des jeux vidéos toute la journée. Et ils n’améliorent donc pas leur forme physique, ni leurs relations avec les autres.

Enfin, les personnes obèses sont très souvent victimes de discrimination durant toute leur vie : enfants, elles sont rejetées au sein des groupes scolaires ou sportifs, et devenues adultes, c’est dans le milieu professionnel que cela se produit. Il est très difficile pour un obèse d’obtenir une embauche à qualification égale. Et les problèmes psychologiques, qui sont fréquents, aggravent ce rejet social.

En définitive, quand on est obèse, on est affligé par le regard des autres car on est jugé en tant que gros mais pas en tant que personne.

Beaucoup d’individus trouvent que c’est normal de se moquer d’une personne à forte corpulence.

Pas moi.

Manon Maurice 3e DAN